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mercredi 2 avril 2014

365 jours au Mali

Trois réalisateurs franco-maliens partent au Nord du Mali caméra au poing pour donner une autre image du conflit que nous donne la presse internationale et les dépêches AFP. Un reportage d'un peu moins d'une heure qui vaut la peine d'être vu, et d'être débattu.

mercredi 15 mai 2013

Reconstruction du Mali; les défis

ARTE Journal viens de mettre en ligne un article pertinent sur les défis auxquels fait face le Mali. 

L'interactivité du support et l'analyse proposée me donnent l'envie de vous en recommander la lecture: vous pouvez le lire ici!


mercredi 27 mars 2013

L’intervention française au Mali

22 mars 2013; anniversaire du coup d’Etat du Capitaine Sanogo…enfin si l’on peut célébrer de tels évènements.
Déjà un an que l’économie du pays tourne au ralenti. Déjà un an que des milliers de maliens vivent dans des camps de réfugiés au Niger, au Burkina Faso et en Mauritanie. Déjà un an que la situation humanitaire au Nord du pays est alarmante. Déjà un an que le Mali est au coeur de l’actualité et que les yeux du monde oscillent entre le drame syrien et le conflit idéologique au Nord du Mali.

Car il s’agit bien là d’un conflit idéologique. D’un côté nous avons différentes organisations se revendiquant de l’Islam prétendant défendre des lois divines, et de l’autre nous avons le Gouvernement Malien et ses alliés africains et occidentaux soucieux de limiter l’expansion de l’extrêmisme religieux et du terrorisme en Afrique de l’Ouest (et dans le continent d’une manière générale). 

De retour au Mali après plusieurs mois en République Centrafricaine (pays sous extreme tension actuellement qui mériterait un peu plus d’attention médiatique) je ne peut que constater un changement dans les rues de Bamako, visuel: la France est élevée au rang de sauveur du pays.

En effet, pendant mon absence la crise malienne a pris un tournant. L’intervention militaire française enclenchée le 11 janvier 2013 et la libération rapide des villes clefs par les troupes ont rendu la France trés populaire au Mali.
Pas besoin d’attendre bien longtemps pour s’en appercevoir: les avions des forces armées françaises sur le tarmac de l’aéroport international de Bamako Sénou et la présence de blancs en short et rangers plantent de suite le décor: le Mali est en guerre.
Et c’est la France, Ô sauveur du peuple du pétrole et du gaz malien qui intervient!

Une fois dans les rues de la capitale, on est vite frappé par le nombre de drapeaux français: sur les Sotrama (transport en commun), les boutiques, les motos, les bâtiments, etc. Il y en a partout! On croirait une célébration du 14 juillet!
Il y a meme des clips musicaux à la gloire de la France…ou comment l’ancien colon autrefois rejeté devient le messi en un claquement de canon doigt:


[ Cette intervention est pourtant d’un genre à part, puisqu’elle se caractérise par une absence criante de couverture médiatique dans les zones de combat. Les seules images diffusées sont celles de journalistes encadrés par l’armée française, filtrées donc (lire à ce propos l’article de l’association SURVIE).
Cette guerre est donc l’une des premières guerres modernes non couvertes par les médias…pourquoi?

“Peur” des journalistes? Difficultés d’accés? Des journalistes ont couvert tous les grands conflits – Vietnam, Yougoslavie, Irak, Syrie, etc – pourquoi pas le Mali?

La question reste ouverte, mais cet état de fait profite inévitablement aux armées combatants sur place et limite les risques de scandales. Car une guerre touche inévitablement des civils, quoi qu’on en dise.  Il y a, ou aura donc, des scandales, des bavures.
L’ONG Amnesty International a ainsi déjà tiré la sonnette d’alarme suite aux dérapages de certains soldats maliens, brutalisant des civils sous prétexte de leur appartenance ethnique (touaregs).

Le risque indéniable de ce conflit est en effet de voir des catégories entières de population stigmatisées, les raccourcis ‘touaregs et/ou africains à peau claire = rebelles’ sont déjà une réalité.
Eccueil malheureux dans lequel nous tombons régulièrement suite aux chocs et conflits ouverts[1]. Il faut des boucs émissaires, extérioriser les frustrations émotionnelles, et il est humain de vouloir se venger.
Toutefois il est également nécessaire que des instruments de contre-pouvoir – les medias - soit en mesure de dénoncer de telles dérives, afin de les canaliser. ]

En attendant, l’ambiance à Bamako reste sereine…et si nous avions des oeillères nous pourrions à peine nous rendre compte que nous nous trouvons dans un pays en guerre!
Le quotidien prends le dessus, les gens vaquent à leurs occupations, les embouteillages sont toujours là, la saison sèche nous fait transpirer et les dimanches à Bamako sont toujours jours de mariage…




[1] Bah oui, les français se sont bien dit suite au 11 septembre que : ‘musulman = extremiste’ ou encore plus fun : ‘arabe = musulmans terroriste’.
QUOI les conflits ethniques ne seraient pas réservés à l’Afrique ? On m’aurait menti ?

mercredi 30 mai 2012

Série « A qui la faute ? » de Ryan Fakih

Petite entorse à la vocation de ce blog, j’aimerai écrire sur le Sénégal. En effet après l’article sur le cinéma malien, place aux séries du pays de la Teranga !

 C’est en réalité le premier épisode de la série « A qui la faute ? » de Ryan Fakih qui me pousse à écrire.  L’épisode en question est particulièrement bien réalisé et, chose plutôt rare dans une série, il délivre un message politique fort.



Mais revenons sur la genèse de « A qui la faute ? ».
Une partie de la jeunesse sénégalaise milite pour l’éveil des consciences dans le pays et la mise en place de réformes. Ce mouvement a pris de l’ampleur au moment des élections présidentielles de 2012, ou en tout cas a été plus relayée par la presse internationale à cette période.
Pour rappel, le président Abdoulaye WADE n’était pas autorisé –selon la constitution – à se présenter une troisième fois aux élections. Toutefois, après « négociations » au plus haut niveau, ce dernier a pu se présenter en toute légalité…et a même accédé au second tour des élections. Les sénégalais sont alors descendus dans la rue et ont finalement obtenu ce changement politique tant espéré : Macky SALL, opposant de longue date de WADE fut élu. Une page de l’Histoire du pays s’était tournée.
Un collectif s’est particulièrement illustré depuis 2011 dans sa lutte pour le changement, les bien-nommés « Y’en a marre ».  Les leaders du mouvement ne sont pas issus de la classe politique traditionnelle[1], au contraire ils vivent dans les quartiers populaires de Dakar et rêvent de bâtir le « NTS », soit le Nouveau type Sénégalais.

 Quel est le rapport entre la série « A qui la faute ? » et le collectif me direz-vous ?
Et bien la série est directement inspirée de leurs idées et mieux encore certains des acteurs de la série sont en réalité des membres phare du mouvement.

Dans ce premier épisode de 16 minutes, ce sont tous les problèmes quotidiens des sénégalais qui sont présentés. Filmé entièrement dans les rues de Dakar, la série dénonce le cercle vicieux dans lequel s’est engouffré le Sénégal et pose une question finale dérangeante : « à qui la faute ? ».

A chacun son libre arbitre pour tenter d’y répondre…

Extrait d’une interview du réalisateur, Ryan Fakih :
« Le mouvement ‘‘Y’en a marre’’ incarne une certaine idéologie. Le film dénonce une corruption qui fait qu’une personne peut en pâtir sans en être directement responsable. […] Nous voulons créer un déclic chez certaines personnes et susciter une prise de conscience. »
Extrait d’un article de Slate Afrique sur la série :
« Les membres du mouvement ‘’Y’en a marre’’ comme Samba Souba Sarr, qui a joué le rôle du commissaire dans le film et Mactar Pouye, celui de l’inspecteur, soulignent que leur participation au tournage était une manière de s’engager visuellement à promouvoir le nouveau type de Sénégalais, que le mouvement cherche lui-même à valoriser.
Le court métrage met en scène plusieurs personnages aux parcours différents mais dont les actes isolés et sans conséquences forment un tout. Un policier intègre se voit sanctionné par sa hiérarchie. Un demandeur d’emploi peine à trouver du travail. Un chauffeur de clando néglige sa visite technique… Des situations banales dont les conséquences vont s’avérer dramatiques. »

[1] J’entends par ‘classe politique traditionnelle’ les élites formées dans les plus grandes écoles occidentales (souvent françaises, américaines ou britanniques) qui reviennent dans leur pays d’origine pour faire – de très longues - carrière en politique.

vendredi 18 mai 2012

Tiken Jah Fakoly

Hier je suis allée dans le bar de Tiken Jah Fakoly à Bamako, le club Radio Libre.

Tiken Jah est un des chanteurs de reggae francophone les plus connus dans le Monde, sinon LE plus connu. On voit son visage partout à Bamako: sur les SOTRAMA (transports en commun maliens), les boutiques, les vêtements...etc.

Club Radio Libre
Tiken Jah a été obligé de fuir son pays d'origine, la Côte d'Ivoire, en 2003 à cause de ses textes engagés. Les dirigeants de l'époque ayant la menace facile, il a préféré mettre les siens à l'abri et s'exiler au Mali quelques temps.
Il n'a pu retourné en Côte d'Ivoire qu'en 2008 et a donné pour l'occasion un grand concert dans le stade d'Abidjan, afin de marquer la fin de ses 5 ans d'exil.

Aujourd'hui il vit entre Bamako et Abidjan, mais réside une bonne partie de l'année dans la capitale malienne. Il y donne d'ailleurs (très) régulièrement des concerts! Tellement souvent que quand nous y sommes allés il y avait à peine cent personnes pour le voir! Pour une star qui remplit des stades d'habitude, on peut dire que c'est un show privé!! Un bon moment de musique.

Une des phases marquantes du concert à été la modification de quelques couplets de son tube "Mon pays va mal".
"Le Mali va mal, le Mali va mal....avant on ne parlait pas de Nordistes ou de Sudistes, mais aujourd'hui ils ont tout gâté! L'armée est divisé! Les étudiants sont divisés! Même nos mères au marché sont divisées! [...]"
.



Un appel à la réconciliation

lundi 7 mai 2012

Enfants de la patrie

Le dimanche 6 mai nous permet de voir la Gauche repasser au pouvoir en France!

Mais pour qui les français du Mali ont-ils voté? (cliquez sur l'image pour agrandir)


Le taux d'abstention s'explique évidemment par les retours massifs de français au pays... Dommage, ils n'auront pas pu voter!


samedi 5 mai 2012

La situation au Mali

La situation au Mali ? Ce qui est fou c’est que le pays avait la réputation d’être un des plus stables d’Afrique et sans doute le plus accueillant. Pour la stabilité c’est raté, pour le reste…cela reste intacte.

Les problèmes principaux du Mali sont sa taille (1 341 000 km2) et sa situation géographique. Difficile de gouverner un Etat si grand sans moyens, d’autant plus quand la moitié du territoire est un désert et qu’il n’y a aucun accès à la mer!
Toutes les denrées ou presque viennent d’Abidjan et de Dakar, les deux grands ports commerciaux de la région. «La Côte d'Ivoire est le premier corridor par lequel le Mali s'approvisionne. Il contrôle, à lui tout seul, plus de la moitié du trafic des marchandises générales et d'hydrocarbures» [1]

La conséquence directe de cet état de fait est un prix à la consommation bien plus élevé au Mali que dans les pays limitrophes, et une dépendance accrue à la Côte d’Ivoire et au Sénégal.

Le Mali était / est alors le terreau rêvé d’une croissance des revendications politiques, sociales et religieuses…et de révolutions telles qu’on a pu en voir en 2011 au Moyen Orient et au Maghreb.

1.       Les Touaregs & leurs revendications
Les Touaregs sont des nomades, des hommes libres pour qui tracer des lignes dans le sable n’a pas de sens. Ils ont sensiblement les mêmes revendications dans tous les pays qu’ils traversent : ils veulent pouvoir circuler librement dans le Sahara, pouvoir perpétrer leur mode de vie et conserver leur culture.
         Comme souvent les populations nomades sont marginalisées (à l’instar des Roms en France) et les Touaregs du Mali n’échappent pas à la règle. Cette minorité a peu – voir pas du tout – été intégrée aux décisions politiques depuis l’indépendance du pays en 1960. « Il y a eu une première rébellion en 1960, puis en 1990. […] Les Touaregs estiment qu’ils n’ont pas la place qui leur revient au niveau politique et économique en terme de partage du pouvoir. Ils veulent être considérés comme des citoyens et cette reconnaissance passe par une décentralisation du pouvoir qui leur permettrait de gérer leurs affaires. Ils pensent que c’est la meilleure manière de désamorcer les tensions.»[2]



Le désir de reconnaissance des Touaregs ne trouvant écho au Mali par des moyens pacifiques...ils ont pris les armes et veulent faire de Tombouctou leur capitale.

2.       Tombouctou et sa région
         Tombouctou est un centre culturel majeur dans l’Islam, surnommée « la perle du désert », la ville fascine depuis des siècles.
Quand les musulmans étaient astronomes, médecins, scientifiques, musiciens…les européens vivaient alors en plein Moyen Age et n’avait rien à envier à l’Empire du Mali, alors l’un des plus prospère du Monde.
L’empire du Mali fut créé par Sundjata Keita en 1230. « S'étendant du fleuve Niger à l'Atlantique, l'Empire se situe sur les territoires actuels du Mali, du Niger, de Sénégambie, de Guinée et de Mauritanie. Grâce aux richesses en or, le pays prospère rapidement et […] va attirer de nombreux scientifiques de tout le monde arabe. Des universités se créent et permettent des avancées scientifiques majeures, surtout dans les domaines de l'arithmétique et de l'astronomie.
Les villes commerçantes de Tombouctou et Djenné, alors aux portes du Sahara, deviennent des centres culturels connus de tout l'Ancien Monde. En outre, les commerçants maliens exportent leurs produits le long de la Route de la Soie, en Arabie, en Inde et jusqu'en Chine. »[3]
Dotée de la prestigieuse université coranique de Sankoré, Tombouctou était aux XVe et XVIe siècles une capitale intellectuelle et spirituelle et un centre de propagation de l'islam en Afrique. Ses trois grandes mosquées (Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia) témoignent de son âge d'or.

La différence notable entre le Tombouctou traditionnel et le conflit actuel, est le passage par la force d’un « conservatisme » à un « extrémisme » par des groupes armés.

L'Histoire de Tombouctou nous aide à comprendre son importance aux yeux des indépendantistes. Elle est le symbole de l'islamisation de la sous région et de l'Age d'Or arabe, ce qui en fait une capitale parfaite.

Toutefois, la rébellion des "hommes bleus" n'aurait pas pris cette ampleur sans un détonateur. Et ce détonateur est incontestablement la crise libyenne.

3.       Kadhafi & le Mali
Kadhafi était un mécène particulièrement important au Mali, et y reste très populaire. Les sociétés libyennes ont investies des milliards dans le pays ; MALIBYA exploite ainsi plus de 100 000 hectares de terres tandis que les sociétés immobilières rachètent et rénovent les meilleurs hôtels de Bamako à l’instar de l’hôtel Amitié, du Mariatou Palace ou encore du Kempinsky Palace.
La preuve de sa popularité se voit encore sur les ‘Jakarta’ ces motos bon marché qu’on voit partout dans la capitale. En effet, comme à chaque malien sa Jakarta, il faut pouvoir la reconnaitre!! On voit donc très souvent des autocollants à l’effigie de Kadhafi apparaitre, l’ex-dictateur est même en bonne position pour détrôner Thomas Sankara[4] !!

Manifestation de soutien au régime de Kadhafi à Bamako
25/03/2011

Vous l’avez compris les liens entre la Libye et le Mali sont étroits.
Tellement étroits qu'à la suite du renversement du régime de Kadhafi, la donne à complétement changée. Le Mali perdait un partenaire essentiel de son développement et les armes des « révolutionnaires libyens » ont grassement alimenté la crise au Nord. Il ne fallait  plus qu'une goutte d'eau...

4.       Le vase déborde
Revendications indépendantistes, armes, destabilisation régionale et mercenaires font rarement bon ménage.
L’armée malienne avait déjà du mal à maitriser les tensions. Ces armes supplémentaires n’ont fait qu’aggraver la situation et le massacre de 70 soldats le 24 janvier 2012 n’a rien arrangé. Plus tard, on apprit que les militaires en question n’avaient pas de munitions et que les renforts qu’ils avaient appelés ne sont jamais arrivés à destination…faute de carburant (!).
Ces morts ont scandalisé l’opinion publique, et au lendemain du massacre, les mères des soldats tués ont organisé une grande manifestation à Bamako dans le but de faire réagir les politiques et d’affecter plus de moyens au règlement du 'problème du Nord'.
Amadou Toumani Touré (ATT) ne s’est jamais vraiment impliqué dans la résolution de ce conflit et est toujours resté passif voir laxiste. Il était difficile d’imaginer qu’il allait changer de politique à quelques mois de la fin de son mandat. « Laissons les problèmes aux prochains locataires du palais présidentiel » devait-il sans doute se dire.
Les revendications portées par les mères de famille ont trouvé échos chez les militaires, et le 21 mars ils ont demandé à être entendu. Manque de chance, ATT ne les a pas pris au sérieux et ne leur a pas proposé d'alternative. Le coup d’Etat à presque été improvisé, les militaires de la base de Kati n’ont pas supporté l’affront d’ATT et ont renversé le pouvoir…

5.       La situation actuelle
Aujourd’hui la vie à Bamako est calme,  à la différence près que la population sort moins le soir. La rue « Bla Bla », où l’ambiance est d’habitude des plus festives, s’est vidée et les restaurants / hôtels ferment les uns après les autres. Etrangement il n’y a pas trop de touristes ces temps-ci (!) et toute cette frange de l’économie s’écroule visiblement.
Les sorties sont limitées et pour cause, des militaires coupent les routes à l’improviste à partir de 19/20h et fouillent les voitures à la recherche de ‘dissidents’. Ces deux dernières semaines nous nous sommes faits systématiquement arrêtés dès que nous sortions en voiture la nuit tombée, avec au programme contrôle des papiers du véhicule et des titres de séjour. Nous n’avons pas eu de problème ; généralement un sourire, une blague et (accessoirement) un petit billet suffisent à calmer les ardeurs.

Toutefois nous avons eu vent de tirs sur des voitures qui ne s’étaient pas arrêtées aux barrages, prudence donc.

Idem, des militaires sont postés devant l’école pour protéger les enfants « au cas où ». Bon, en l’occurrence ces hommes en Rangers sont plus là pour boire du thé, mais cela montre un vrai changement d’état d’esprit dans la ville.
En conclusion nous pouvons dire que nous n’avons jamais été en danger depuis le coup d’Etat, les militaires ont des objectifs clairs et ne cherchent à arrêter que les proches de l’ancien gouvernement. Il est cependant évident qu’ils veulent montrer au bamakois qu’ils contrôlent la ville et que le Mali a pris un tournant…
Affiche d'un artiste anonyme présente un peu partout dans Bamako

Sources :
·         Le Temps, Rubrique « L’avis de l’expert » paru le  24/04/2012  - « La rébellion touareg du Mali au-delà des clichés » par André Chappatte
·         Site Internet officiel de l’UNESCO, page consacrée à la ville de Tombouctou http://whc.unesco.org/fr/list/119
·         Article du Slate Afrique paru le 27/04/2012 – « Mali : qui sont les Touaregs noirs ? »  par Fabien Offner. http://www.slateafrique.com/86405/qui-sont-les-touaregs-noirs-mali-mnla






[2] Se référer à l’article paru le 31/07/2007 dans Afrik.com http://www.afrik.com/article12377.html
[4] Thomas Sankara a dirigé le Burkina Faso de 1983 jusqu’à son assassinat en 1987 . On l’appel de « Che » africain puisqu’il s’est fermement opposé à l’influence occidentale et à la France-à-fric. Il est devenu depuis une icône de la lutte contre la corruption et de la lutte contre la pauvreté. http://www.thomassankara.net/

lundi 2 avril 2012

A propos du rapatriement

Aujourd'hui j'ai reçu plusieurs appels de la famille, tous inquiets après avoir entendu à la télévision que "la France conseille à ses quelques 5 000 ressortissants de quitter le pays."

Ah bon?

C'est assez incohérent, hier l'ambassade nous a envoyé un message nous disant que nous pouvions vaquer normalement à nos occupations, tout en "restant vigilant". Rien d'alarmant donc.
Tout va bien, et dans les rues rien ne laisse soupçonner le moindre danger.

Je pense que c'est plus une mesure de prévention qu'autre chose, et j'ai appris au Liban que les ambassades françaises avaient un peu trop tendance à en rajouter afin de se couvrir au maximum et de pouvoir dire "je vous l'avez dit" en cas de problème.

Évidemment - et comme tout le monde - nous suivons l'évolution des troupes armées au Nord du pays.
Il faut bien avoir à l'esprit que Tombouctou est à plus de 900km de Bamako et qu'il ne faut pas moins de 2 jours de route pour y accéder: il n'y a pas d'autoroute du soleil ici!

Encore une fois pas de panique, si il y a le moindre problème je saurai me mettre à l'abri (à la maison ou au cas échéant à l'étranger) avant que les touaregs débarquent tout de bleu vêtus!!

dimanche 1 avril 2012

Les maliens & le coup d’Etat

I.                    L’espoir d’une vie meilleure

Je retrouve Bamo, je ne l’ai pas vu depuis une semaine, et lui demande ce qu’il pense du coup d’Etat et de Sanogo le nouveau dirigeant du pays.

Il me dit que c’est une bonne chose et qu’il était temps que le président parte : « On ne veut plus d’ATT, il faut que ça change »
- « Mais Bamo, les élections sont dans un mois et le président n’est pas candidat, alors pourquoi maintenant ? »
- « Tu sais ce n’est pas une question d’élections, tout est cher ici, on en a marre »
- « Et tu crois que les militaires vont faire baisser les prix ? »
- « Oui ».

II.                  Rêves de dictature (propos recueillis le 28/03/2012)

Un soir, nous décidons d’aller boire un verre dans un café sympa près de chez nous. Habitués de l’endroit, nous avons sympathisé avec l’un des serveurs et en profitons pour échanger sur le récent coup d’Etat au Mali [ndlr : le coup d’Etat a eu lieu le soir du 21 mars 2012].
Il nous dit que l’établissement a ouvert ses portes de nouveaux il y a quelques jours seulement et que les clients qui y logeaient sont restés coincés à regarder la chaîne de télévision nationale durant plusieurs jours, avant de quitter le pays. Leur séjour au Mali se sera résumé au trajet entre l’aéroport et Bamako. Dommage.
Nous lui demandons ensuite son point de vue sur le coup d’Etat, s’il soutient l’ancien président Amadou Toumani Touré (ATT) ou les putschistes. 
Il nous dit[1] : « ce coup d’Etat est un scandale, nous sommes un pays démocratique et je ne comprends pas comment des militaires puissent faire ça […] mais en même temps, tout ça c’est la faute d’ATT et de ses ministres. Comment on peut se rendre dans le plus important camp militaire du pays[2] pendant des émeutes, mépriser les gens qu’on a devant soi et tirer en l’air sans raison ?

Les militaires se révoltent car les leurs ce sont fait tuer au Nord par les Touaregs et ils estiment qu’ils n’ont pas le soutien du Président pour combattre. En réponse ATT envoi son ministre pour leur parler mais sans rien à leur proposer. Devant ce manque de respect, ils ont explosés »
On lui répond qu’ATT doit quitter le pouvoir d’ici un mois puisqu’il ne se présente pas aux élections, et qu’il n’avait sans doute pas envie de rentrer dans une guerre. Il doit sans doute préférer laisser son successeur régler ce problème.
Il rétorque : « sans doute, mais tu sais les plus grands ennemis de l’Afrique ce sont les africains[3]. Le continent est corrompu et les gens ne veulent pas travailler, on devrait fermer toutes les mosquées et les églises et forcer les gens à se mettre au travail »



Etonnée par les propos de ce petit gars tout frêle et souriant, je lui réponds : « Tu sais qu’on ne peut pas s’attaquer comme ça au lieux de cultes ? Les maliens sont trop attachés à la pratique de l’islam pour accepter ça »
Il s’emporte alors et me dit : « Je ne souhaite pas à l’Afrique de me voir un jour chef d’Etat, sinon ça va chauffer. Moi ce qui m’énerve le plus c’est qu’on ne peut même pas acheter ce qui est produit dans le pays. Je suis allé au pays Dogon à pied pour comprendre les valeurs de l’Afrique. Rentré à Bamako ce que je vois est différent, tout est ‘trop’, et je ne parle même pas du bazin[4]. Un bazin c’est minimum 30 000 Fcfa (45€), comment des maliens peuvent acheter ça ? Moi je ne pourrai jamais m’en payer un, ce n’est pas sérieux, mais non ici il y a des gens qui n’ont pas de quoi manger correctement qui s’en achète juste pour l’apparence ! Ça veut dire quoi ? Non, moi les gens qui en porte je ne les regarde même pas, ça m’énerve »
Le moment le plus percutant de la conversation est pour moi lorsqu’il m’a dit qu’il n’espérait rien pour lui et pour l’Afrique. Selon lui il n’y a aucun espoir car les gens se sont engouffrés dans une spirale autodestructrice. Il n’y aura pas de développement et les vies ne s’amélioreront pas, au contraire. De plus si les occidentaux ont autant d’emprise sur l’Afrique, c’est que les africains les laisse faire.
J’avais lu ces propos dans le livre controversé « Négrologie ; pourquoi l’Afrique meurt » de Stephen Smith, et les avaient trouvés horriblement racistes et défaitistes (en l’occurrence ce livre tire les mêmes conclusions que cet ami serveur, mais en les justifiants par des arguments sans fondements et des à priori racistes).
Entendre cela de la bouche d’un malien, c’est différent…et cela fait réfléchir.


[1] A noter que les propos qui vont suivre ont été retranscrit le lendemain de la conversation, aussi les mots sont sans doute quelques peu différents de ceux prononcés. Toutefois le sens et le contenu des propos sont strictement similaires et respectent les opinions des personnes en question.
[2] Camp militaire de Kati, en banlieue de Bamako, là où les affrontements ont commencé.
[3] Citation d’une chanson célèbre d’Alpha Blondy (chanteur de reggae ivoirien).
[4] Le bazin est un tissu de luxe importé le plus souvent d’Allemagne et teint au Mali. Le Mali a un savoir-faire inégalé dans la région en ce qui concerne la teinture de ce tissu.

vendredi 23 mars 2012

23 mars - 2ème jour

En fin de journée, les "mutins" (apparemment c'est le nom que les médias leur ont donné) nous on dit que les gens pouvaient aller travailler normalement, le couvre feu n'est plus qu'à partir de 18H.

Le couvre feu annoncé initialement n'est en fait appliquable que pour les fonctionnaires. Eux ne reprendront le travail qu'à partir de mardi.

Le consulat nous envoit régulièrement des textos - moderne! - pour nous informer de la situation et nous donner des conseils de sécurité. Aujourd'hui la pression est largement retombée!!!


NOUVELLES - 12h

Le président (ATT pour les intimes) s'est fait prendre par les mutins depuis quelques heures - la situation ne s'est pas dégradée pour autant.


NOUVELLES - 22h

Personne ne communique, nous regardons les clips - toujours aussi kitch - à la télé en attendant de voir un message du nouveau dirigeant, le Cap'tain Sanogo.
Et puis enfin il apparait, il dément les rumeurs de la journée disant qu'il était mort. Effectivement, il parle beaucoup pour un mort!
Il confirme que le président ATT est sous résidence surveillée, ainsi que sa famille et les membres de l'ancien gouvernement.

Suite à ces déclarations, il appel les maliens à arretter les pillages qui ont lieu au centre et à reprendre normalement leurs activités.


jeudi 22 mars 2012

22 mars 2012, mon premier coup d'état

Depuis hier des rumeurs circulaient, ce matin au réveil j'allume la télé... Les militaires ont pris le contrôle de la chaine nationale, ORTM, et annoncent la suspension des institutions de l'Etat entre deux clips kitchissimes!
Bref, coup d'état.

L'ambassade nous demande de rester chez nous, couvre-feu. Même si le quartier est calme et que les enfants vont à l'école comme d'habitude, nous ne prendrons pas de risque et resterons toute la journée sans sortir.

Pas de raison de s'inquiéter, tout va bien!!!!!!

NOUVELLES

Couvre feu jusqu'à mardi...on à réussi à faire des réserves d'eau et de vivres avant que les magasins ne ferment. Les frontières terrestres et aériennes sont fermées. Si on ne sors pas de chez nous il n'y aura pas de problèmes, toujours pas d'inquiétude à avoir! Promis!

Du coup nous dégustons des mangues vertes et passons la journée dans la piscine: pas de quoi se plaindre donc!