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mars 2013; anniversaire du coup d’Etat du Capitaine Sanogo…enfin si l’on peut célébrer
de tels évènements.
Déjà
un an que l’économie du pays tourne au ralenti. Déjà un an que des milliers de maliens vivent dans des camps de réfugiés au Niger, au Burkina Faso et en
Mauritanie. Déjà un an que la situation humanitaire au Nord du pays est
alarmante. Déjà un an que le Mali est au coeur de l’actualité et que les yeux
du monde oscillent entre le drame syrien et le conflit idéologique au Nord du
Mali.
Car
il s’agit bien là d’un conflit idéologique. D’un côté nous avons différentes
organisations se revendiquant de l’Islam prétendant défendre des lois divines,
et de l’autre nous avons le Gouvernement Malien et ses alliés africains et
occidentaux soucieux de limiter l’expansion de l’extrêmisme religieux et du
terrorisme en Afrique de l’Ouest (et dans le continent d’une manière
générale).
De
retour au Mali après plusieurs mois en République Centrafricaine (pays sous
extreme tension actuellement qui mériterait un peu plus d’attention médiatique)
je ne peut que constater un changement dans les rues de Bamako, visuel: la
France est élevée au rang de sauveur du pays.
En
effet, pendant mon absence la crise malienne a pris un tournant. L’intervention
militaire française enclenchée le 11 janvier 2013 et la libération rapide des villes clefs par les troupes ont rendu
la France trés populaire au Mali.
Pas
besoin d’attendre bien longtemps pour s’en appercevoir: les avions des forces
armées françaises sur le tarmac de l’aéroport international de Bamako Sénou et
la présence de blancs en short et rangers plantent de suite le décor: le
Mali est en guerre.
Et
c’est la France, Ô sauveur du peuple du pétrole et du gaz malien qui
intervient!
Une
fois dans les rues de la capitale, on est vite frappé par le nombre de drapeaux
français: sur les Sotrama (transport en commun), les boutiques, les motos, les
bâtiments, etc. Il y en a partout! On croirait une célébration du 14 juillet!
Il y
a meme des clips musicaux à la gloire de la France…ou comment l’ancien colon
autrefois rejeté devient le messi en un claquement de canon doigt:
[ Cette
intervention est pourtant d’un genre à part, puisqu’elle se caractérise par une
absence criante de couverture médiatique dans les zones de combat. Les seules images diffusées
sont celles de journalistes encadrés par l’armée française, filtrées donc (lire
à ce propos l’article de l’association SURVIE).
Cette
guerre est donc l’une des premières guerres modernes non couvertes par les
médias…pourquoi?
“Peur” des journalistes? Difficultés
d’accés?Des journalistes ont couvert tous les grands conflits – Vietnam,
Yougoslavie, Irak, Syrie, etc – pourquoi pas le Mali?
La
question reste ouverte, mais cet état de fait profite inévitablement aux armées
combatants sur place et limite les risques de scandales. Car une guerre touche
inévitablement des civils, quoi qu’on en dise. Il y a, ou aura donc, des scandales, des
bavures.
L’ONG
Amnesty International a ainsi déjà tiré
la sonnette d’alarme suite aux dérapages de certains soldats maliens,
brutalisant des civils sous prétexte de leur appartenance ethnique (touaregs).
Le risque
indéniable de ce conflit est en effet de voir des catégories entières de
population stigmatisées, les raccourcis ‘touaregs et/ou africains à peau claire
= rebelles’ sont déjà une réalité.
Eccueil
malheureux dans lequel nous tombons régulièrement suite aux chocs et conflits
ouverts[1].
Il faut des boucs émissaires, extérioriser les frustrations émotionnelles, et
il est humain de vouloir se venger.
Toutefois
il est également nécessaire que des instruments de contre-pouvoir – les medias
- soit en mesure de dénoncer de telles dérives, afin de les canaliser. ]
En
attendant, l’ambiance à Bamako reste sereine…et si nous avions des oeillères
nous pourrions à peine nous rendre compte que nous nous trouvons dans un pays
en guerre!
Le
quotidien prends le dessus, les gens vaquent à leurs occupations, les embouteillages
sont toujours là, la saison sèche nous fait transpirer et les dimanches à
Bamako sont toujours jours de mariage…
[1]Bah oui, les français se sont bien dit suite au 11
septembre que : ‘musulman = extremiste’ ou encore plus fun : ‘arabe =
musulmans terroriste’.
QUOI les conflits ethniques ne seraient pas réservés à l’Afrique ? On
m’aurait menti ?
Je boucle mes bagages et m'apprête à quitter le Mali pour quelques temps. Une mission de six mois m'attend en Centrafrique et je vais ainsi m'expatrier un peu plus à l'Est du continent!
La République Centrafricaine (RCA) est un pays de la taille de la France dont on parle peu. Même Internet ne nous offre que peu d'informations...et pour cause, le pays est écrasé entre les voisins turbulents que sont le Tchad, le Soudan du Sud, le Congo, voir le Cameroun!
En perspective: beaucoup de choses à apprendre, de personnes à rencontrer et d'histoires à entendre!
"Mali-berté" s'achève donc là, et ne reprendra qu'à mon retour à Bamako insh'allah!
Le Mali se classe malheureusement bas au classement des pays, fonction notamment du PIB/habitant avec la 173e place sur 178 (PNUD, données 2009).
Aussi le pays est le terrain de jeu de nombreuses ONGs, menant des projets variés sur l'ensemble du territoire.
Traditionnellement on divise les ONGs entre celles qui mènent des projets de développement, et celles qui interviennent dans l'urgence.
La première catégorie d'acteurs de la solidarité est partie lors du coup d'Etat. En effet il devient difficile de mettre en place des projets lorsque la sécurité des membres d'une structure n'est plus assurée et que le climat politique est plus qu'instable. A contrario, le changement brutal dans le paysage malien est devenue la raison d'implantation de plusieurs structures d'urgence.
Aussi nous avons pu assister à une vague de départ des travailleurs "développementalistes", suivie d'une arrivée en masse des acteurs de l'Urgence.
Mon quartier, Hippodrome 1, a pu voir ce changement de manière concrète, si j'ose dire. En quelques mois, nous avons vu "pousser" des pancartes aux noms bien connus des français: Solidarité International, Alima, ACTED...etc. Tous agissent dans l'urgence et participent à la distribution de biens de première nécessité aux maliens directement touchés par le conflit.
Leurs domaines d'action se situent principalement au Nord évidemment, mais aussi dans Bamako. ACTED (par exemple) soutient les familles qui hébergent leurs proches originaires des régions de Tombouctou sans avoir pour autant les ressources nécessaires.
"Depuis le début des conflits au Nord du Mali, près de 202,600 personnes ont fui leurs villages pour rejoindre les pays voisins (Burkina Faso, Mauritanie et Niger). On estime à 155,000 le nombre de personnes qui se sont déplacées à l’intérieur même du pays, notamment vers le Sud et la capitale, Bamako". Source Acted
Toutefois quelques acteurs du développement sont revenus dans le pays et tentent de faire subsister leurs projets, à l'instar des français du GERES. Ces derniers travaillent à la mise en place de filières locales et propres d'agrocarburants et au renforcement de service énergétiques pour le développement d'activités économique. Leur programmes sont évidemment ralentis par les évènements, mais ils tentent malgré tout de continuer.
Distribution de vivres à Bamako - Acted
Cet article n'est qu'une entrevue de la situation humanitaire du Mali, la réalité est évidemment bien plus complexe. Pour plus d'information, n'hésitez pas à vous rendre sur les sites internet officiels des ONGs présentes dans le pays.